Introduction : les violences conjugales constituent un enjeu majeur de santé publique. Malgré le développement récent de dispositifs d’aide aux victimes, notamment depuis le Grenelle de 2019, l’offre destinée aux auteur·e·s demeure limitée. Or, pour prévenir les violences conjugales et leurs impacts sur la santé, il est essentiel d’investir aussi la prise en charge des auteur·e·s. L’ensemble des professionnels du médico-social a un rôle à jouer auprès de ce public. Les médecins généralistes sont en première ligne dans le système de soins pour aborder les auteur·e·s de violences conjugales. L’étude menée vise donc à explorer les pratiques des médecins généralistes sarthois concernant l’identification, la prise en charge et l’orientation des auteur·e·s de violences conjugales, ainsi que leur ressenti et difficultés rencontrées.
Méthode : une étude qualitative a été menée à travers des entretiens semi-directifs individuels auprès de médecins généralistes sarthois volontaires. L’analyse thématique inductive a été appliquée après retranscription intégrale du verbatim.
Résultats : seize médecins généralistes ont été interrogés entre octobre 2024 et mars 2025. La plupart les médecins de l'étude avaient rencontré des auteur.e.s de violences conjugales dans leur patientèle. Ils ont majoritairement décrit des auteurs masculins, sans profil type, mais présentant souvent des traits manipulateurs, des addictions ou des troubles de l’humeur. Les auteur·e·s étaient perçus comme peu présent.e.s en soins primaires, interrogeant la place du médecin généraliste dans leur prise en charge. La pratique du dépistage des auteur.e.s était hétérogène, parfois réalisée sur point d’appel, parfois de manière systématique ou non réalisée. Les médecins orientaient fréquemment les auteur.e.s vers des psychiatres, psychologues ou addictologues. Leurs principales difficultés rencontrées étaient le respect du secret médical, leur manque d’empathie envers ce public, de formation sur ce sujet, ainsi que la méconnaissance des ressources disponibles pour accompagner ces patient·e·s.
Conclusion : la méconnaissance persistante du rôle du médecin généraliste et des dispositifs dédiés aux auteur·e·s de VC souligne la nécessité de mieux faire connaître les ressources existantes en Sarthe et de renforcer l’articulation pluri-professionnelle pour une prise en charge plus efficace.
Introduction : intimate partner violence is a major public health issue. Despite the recent development of support services for victims, particularly since the 2019 Grenelle on intimate violence in France, the services available for perpetrators remain limited. However, in order to prevent acts of violence and reduce their health consequences, the care of perpetrators must also be addressed. All professionals working in the medico-social field have a role to play with this population. General practitioners are on the front line of the healthcare system and may have perpetrators of intimate partner violence among their patients. This study therefore aims to explore the practices of general practitioners in the region of Sarthe regarding the identification, management, and referral of perpetrators of intimate partner violence, as well as their perceptions and the difficulties they encounter.
Method : a qualitative study was conducted through individual semi-structured interviews with volunteer general practitioners practicing in the region of Sarthe. An inductive thematic analysis was carried out following the full transcription of the interviews.
Results : sixteen general practitioners were interviewed between October 2024 and March 2025. Most of the physicians in the study had encountered perpetrators of intimate partner violence within their patient population. They predominantly described male perpetrators, with no typical profile, but often presenting manipulative traits, addictions, or mood disorders. Perpetrators were perceived as rarely present in primary care, raising questions about the role of the general practitioner in their management. Screening practices for perpetrators were heterogeneous: sometimes performed when there was a specific clinical trigger, sometimes systematically, and sometimes not at all. Physicians frequently referred perpetrators to psychiatrists, psychologists, or addiction specialists. The main difficulties reported by physicians included maintaining medical confidentiality, a lack of empathy toward this population group, insufficient training on the topic, and limited knowledge of the available resources to support these patients.
Conclusion : there remains a persistent lack of awareness regarding the role of general practitioners and the existing services for perpetrators of intimate partner violence. This highlights the need for improved dissemination of information about the services already available in the region of Sarthe for the management of these patients, as well as the importance of strengthened multi-professional collaboration to improve the effectiveness of their care.