Introduction : l’antibiorésistance constitue un enjeu majeur de santé publique, illustré par la récente augmentation de la consommation d’antibiotiques malgré les stratégies nationales déployées. Les médecins généralistes, à l’origine de la majorité des prescriptions d’antibiotiques, occupent une place centrale dans la lutte contre l’antibiorésistance. Dans un contexte marqué par l’extension des déserts médicaux et l’accès restreint aux autres spécialistes, leur rôle, au cœur du parcours de soins, s’élargit et se diversifie, les confrontant à des situations cliniques de plus en plus complexes. Dans ce cadre, le conseil en infectiologie apparaît comme un outil pertinent d’aide à la décision diagnostique et thérapeutique.
Matériels et méthodes : cette étude nationale prospective, menée dans le cadre de la mission PRIMO, analyse pour la première fois à l’échelle nationale les motifs d’avis en antibiothérapie sollicités par les médecins généralistes. Elle inclut 630 avis recueillis entre novembre et décembre 2024.
Résultats : les avis analysés concernaient majoritairement des patients vus au cabinet de médecine générale (90,3 %), avec une répartition équilibrée hommes/femmes et un âge médian de 55 ans. Les réponses des infectiologues se faisaient surtout par conseil téléphonique (52,4 %) ou par télé-expertise (40,9 %), portant principalement sur des avis thérapeutiques (71 %) et diagnostiques (41 %). Parmi les avis thérapeutiques, 24 % concernaient des terrains particuliers (immunodépression, allergie, insuffisance rénale, grossesse), et 19 % impliquaient des résistances bactériennes, principalement BLSE. Pour les avis thérapeutiques, les infections urinaires dominaient (26,4 %), suivies des infections digestives (17 %), et des situations de colonisation ou d’absence d’infection (14,54 %). L’antibiothérapie était initiée dans 45,6 % des cas, non indiquée dans 30 % des cas et la molécule était modifiée dans modifiée dans 13 % des cas. Les avis diagnostiques concernaient surtout l’interprétation de bilans biologiques et des situations de fièvre ou syndromes inflammatoires biologiques inexpliqués.
Conclusion : les médecins généralistes sollicitent l’expertise infectiologique pour sécuriser leurs prescriptions et gérer l’incertitude diagnostique principalement dans les situations d’infections urinaires ou digestives. Les avis concluant à une colonisation ou l’absence d’infection montrent le rôle clé du conseil en infectiologie dans la démarche diagnostique et le bon usage des antibiotiques. Cette étude permet d’identifier les principales problématiques infectieuses rencontrées en médecine générale et d’orienter le développement de formations ciblées afin de soutenir les médecins généralistes dans leurs prises en charge.
Introduction : antimicrobial resistance represents a major public health challenge, highlighted by the recent increase in antibiotic consumption despite the implementation of national strategies. General practitioners, who account for the majority of antibiotic prescriptions, play a central role in combating antimicrobial resistance. In a context marked by the expansion of medical deserts and limited access to other specialists, their role at the core of the care pathway is broadening and diversifying, confronting them with increasingly complex clinical situations. In this setting, infectious disease consultation emerges as a relevant tool to support diagnostic and therapeutic decision-making.
Materials and methods : this national prospective study, conducted as part of the PRIMO mission, analyzes for the first time on a national scale the reasons for antibiotic therapy consultations requested by general practitioners. It includes 630 consultations collected between November and December 2024.
Results : the consultations analyzed primarily involved patients seen in general practice clinics (90.3%), with a balanced male-to female ratio and a median age of 55 years. Infectious disease specialists mainly provided their responses through telephone advice (52.4%) or tele-expertise (40.9%), focusing predominantly on therapeutic (71%) and diagnostic (41%) consultations. Among therapeutic consultations, 24% involved specific patient conditions (immunosuppression, allergy, renal impairment, pregnancy), and 19% addressed bacterial resistance, mainly extended-spectrum beta-lactamase (ESBL) producing pathogens. Regarding therapeutic consultations, urinary tract infections were the most frequent (26.4%), followed by gastrointestinal infections (17%), and situations involving colonization or absence of infection (14.54%). Antibiotic therapy was initiated in 45.6% of cases, not indicated in 30% of cases, and the antibiotic agent was modified in 13% of cases. Diagnostic consultations mainly concerned the interpretation of biological test results and cases of fever or unexplained biological inflammatory syndromes.
Conclusion : general practitioners seek infectious disease expertise to secure their prescribing practices and manage diagnostic uncertainty, particularly in cases of urinary tract and gastrointestinal infections. Consultations concluding that colonization or absence of infection highlight the key role of infectious disease advice in the diagnostic process and in promoting appropriate antibiotic use. This study helps identify the main infectious challenges encountered in primary care and guides the development of targeted training programs to support general practitioners in their clinical management.