La dénutrition touche près de 2 millions de personnes en France et constitue une pathologie sous-dépistée, notamment chez les personnes âgées. Le pharmacien d'officine dispose d'une position stratégique pour assurer le dépistage de cette pathologie. Cependant, ses pratiques réelles dans ce domaine restent peu documentées. Une étude observationnelle, descriptive et transversale a été conduite entre octobre 2025 et février 2026 auprès de 307 professionnels officinaux au moyen d'un questionnaire auto-administré diffusé en ligne. Les variables qualitatives ont été décrites en effectifs et pourcentages ; les croisements ont été soumis au test du chi-deux (p-value < 0,05). Seulement 45 % des répondants déclarent avoir identifié au moins un patient dénutri, et seuls 5,8 % utilisent systématiquement un outil validé. Les principaux freins sont le manque de temps, le déficit de formation et l'absence d'outils adaptés. Seuls 23,8 % des professionnels ont bénéficié d'une formation spécifique, mais son impact est majeur : les professionnels formés utilisent 7 fois plus souvent un outil validé (41,1 % vs 5,9 %, p-value < 0,0001) et identifient davantage les patients dénutris (79,5 % vs 34,2 %, p-value < 0,0001). En réponse, un outil numérique de dépistage et d'aide à la dispensation des CNO (NutriPharmaCare) a été conçu, ainsi qu'un protocole d'étude pilote pour évaluer la faisabilité du dépistage en officine. Ce travail confirme que la formation constitue le levier principal de l'amélioration du dépistage nutritionnel en officine. Des conditions structurelles aujourd'hui réunies (cadre réglementaire, outils validés disponibles, demande forte des professionnels) permettent d'envisager le pharmacien d'officine comme acteur de référence du dépistage de la dénutrition.
Malnutrition affects nearly 2 million people in France and remains significantly under-detected, particularly among older adults. Community pharmacists, as the most accessible healthcare professionals, are strategically positioned to conduct nutritional screening. However, their actual practices in this area remain poorly documented. A descriptive, cross-sectional observational study was conducted between October 2025 and February 2026 among 307 community pharmacy professionals using a self-administered questionnaire distributed on-line. Qualitative variables were described using frequencies and percentages; associations were assessed using the chi-square test (p-value < 0.05). Only 45% of respondents reported having identified at least one malnourished patient, and only 5.8% systematically use a validated screening tool. The main barriers were lack of time, insufficient training, and absence of adapted tools. Only 23.8% had received specific training on malnutrition, yet its impact was substantial: trained professionals were 7 times more likely to use a validated screening tool (41.1% vs 5.9%, p-value < 0.0001) and more frequently identified malnourished patients (79.5% vs 34.2%, p-value < 0.0001). In response, a digital screening and oral nutritional supplement decision-support tool (NutriPharmaCare) was developed, along with a pilot study protocol to assess the feasibility of systematic screening in community pharmacy. This study confirms that professional training is the primary lever for improving nutritional screening in community pharmacy. The current regulatory framework, combined with the availability of validated tools and strong demand from professionals, supports the development of the community pharmacist's role as a key actor in malnutrition detection.