Ce mémoire propose une enquête exploratoire de la manière dont les travailleur·euse·s sociaux·ales opérant des mesures d’Assistance Éducative en Milieu Ouvert peuvent agir lorsqu’iels sont confronté·e·s à des situations de violences intrafamiliales post-séparation, particulièrement lorsque les violences sont caractérisées par des stratégies de contrôle coercitif, et lorsque l’institution judiciaire a décidé de maintenir le lien entre le parent auteur de ces violences, et le ou les enfant·s victime·s. À partir d’une lecture croisée de textes issus de la sociologie, du droit, de la psychologie sociale ou encore de l’histoire et de la philosophie, nous analysons les dominations structurelles, basées sur le genre et l’âge, qui sous- tendent les mécanismes du contrôle coercitif et qui déterminent – au moins partiellement – les méthodes de protection déployées par les institutions sociales et judiciaires pour soutenir les victimes. Nous développons ensuite une analyse thématique de sept entretiens semi-directifs conduits auprès de professionnel·le·s en AEMO. Cette analyse nous apprend qu’en l’absence d’un cadre sémantique clair et partagé sur la nature du danger et de la violence, les représentations individuelles et collectives des professionnel·le·s déteignent sur leur pratique, avec de nombreuses conséquences sur la manière dont les enfants sont considérés en tant que victimes et protégés, ainsi que sur la manière dont les femmes victimes sont tenues responsables du mal-être de leur·s enfant·s. Ces constats s’opèrent dans un contexte où les conditions de travail dégradées de la protection de l’enfance laissent difficilement la place à des réflexions collectives sur des sujets pourtant primordiaux. Enfin, nous proposons d’amorcer une réflexion transformative s’agissant des notions de protection, de danger, et de violences, tenant compte de la position des enfants, mais aussi de celle des familles « déviantes » face à des institutions familiales et étatiques marquées par le patriarcat et le paternalisme.
This dissertation provides an exploratory study of how French child welfare social workers operating in domestic intervention contexts can respond when confronted with situations of post-separation abuse, particularly when this abuse matches patterns of coercive control, and when the judicial system has decided to maintain a relationship between the parent perpetrating the violence and the child victims involved. Drawing on a cross-disciplinary analysis of texts from sociology, law, social psychology, history, and philosophy, we examine the structural forms of domination—based on gender and age—that underlie mechanisms of coercive control and that determine—at least in part—the protective measures deployed by social and judicial institutions to support victims. We then develop a thematic analysis of seven semi- structured interviews conducted with professionals. This analysis reveals that, in the absence of a clear and shared semantic framework regarding the nature of danger and violence, individual and collective social norms come to influence professional practices, with significant consequences for how children are viewed as victims and are protected, as well as how women are held responsible for the suffering of their children. These observations arise in the midst of deteriorating working conditions in child welfare, which hinder collective reflection on issues of great importance for our field. Finally, we suggest a transformative reflection on the concepts of protection, danger, and violence, taking into account not only the position of children but also that of “deviant” families in the face of family and state institutions marked by patriarchy and paternalism.