Ce mémoire analyse les expériences vécues par les élèves et les éducateurs et éducatrices engagés dans le mouvement Freinet en France entre 1945 et 1975, à partir de sources produites directement par les acteurs : journaux scolaires, cahiers de roulement, correspondances et témoignages oraux. Dans un contexte de profondes transformations sociales et scolaires, la recherche articule trois axes. Elle montre d'abord que l'engagement dans le mouvement constitue pour les éducateurs une émancipation individuelle, traduisant leurs convictions humanistes et militantes en pratiques pédagogiques – expression libre, tâtonnement expérimental, réorganisation des rapports à l'autorité. Elle met ensuite en évidence la dimension collective de cet idéal : par la coopérative scolaire et la correspondance interscolaire, élèves comme éducateurs font l'expérience d'une citoyenneté vécue où l'émancipation individuelle ne se construit qu'en lien avec les autres. Elle confronte enfin cet idéal à ses limites, montrant que déterminismes sociaux, inégalités territoriales et résistances institutionnelles rendent l'émancipation toujours partielle. Loin d'être un résultat garanti, elle apparaît comme un processus dynamique et inachevé, suspendu à la tension permanente entre liberté individuelle et transformation collective du monde.
This thesis analyzes the experiences of students and educators involved in the Freinet movement in France between 1945 and 1975, drawing on sources produced directly by the participants: school newspapers, daily logs, correspondence, and oral testimonies. Within a context of profound social and educational transformations, the research focuses on three main areas. First, it demonstrates that involvement in the movement constituted a form of individual emancipation for educators, translating their humanist and activist convictions into pedagogical practices—free expression, experimental trial and error, and a reorganization of their relationship with authority. She then highlights the collective dimension of this ideal: through the school cooperative and inter-school correspondence, students and educators alike experience lived citizenship where individual emancipation is built only in connection with others. Finally, she confronts this ideal with its limitations, demonstrating that social determinisms, territorial inequalities, and institutional resistance render emancipation always partial. Far from being a guaranteed outcome, it appears as a dynamic and unfinished process, suspended in the constant tension between individual freedom and the collective transformation of the world.